No power to the People!

Les problèmes d’électricité ont à nouveau frappé la population du nord de l’Ouganda. Une fois encore, les coupures constantes et les nuits dans le noir total ont frappé Gulu et le reste du nord du pays.

En août et en Septembre, Gaëtan et moi nous retrouvions comme coincés dans un trou, à pleurnicher quant à l’absence d’électricité. Les coupures étaient parfois annoncées pour des raisons de maintenance et d’amélioration du système. Le courant disparaissait le jeudi ou le vendredi pour ne revenir que le lundi matin, au plus tôt. Chaque week-end. Dans nos organisations respectives, les semaines de travail avec électricité raccourcies rongeaient les budgets déjà petits des projets, puisqu’il fallait bien trouver de quoi acheter de l’essence pour faire tourner les générateurs. Les coupures durant le week-end signifiaient que les batteries de nos téléphones se vidaient totalement, tout comme nos ordinateurs. L’obscurité s’installait dès 18h45 pour ne faire place à la lumière qu’à 06h00.

On essaie toujours d’en tirer le maximum et de voir le positif, par exemple en saisissant l’opportunité de lire plus (merci les liseuses !) Plus récemment, après notre retour de vacances au Mozambique, nous avons directement appris et expérimenter la dégradation d’un approvisionnement déjà terrible en électricité. Durant trois semaines, nous n’avons eu droit à plus de 24 heures d’électricité consécutives qu’à une seule occasion. Au moment d’écrire cet article, aujourd’hui est le premier samedi depuis août où le courant ne nous fait pas défaut.

Les rumeurs, puisqu’aucune critique d’un service public autant important n’oserait s’élever dans la presse, disent que la compagnie d’électricité coupe systématiquement le courant dans le nord du pays durant les examens des écoles primaires, de manière à réduire les possibilités d’étudier et les chances d’exceller. Cela semble apparemment être le cas depuis des années, d’après les voix qui s’élèvent sur les réseaux sociaux. Que cela relève ou non de la théorie du complot, une chose est certaine : la population du nord de l’Ouganda souffre et la colère monte.

On entend qu’une nouvelle manifestation pourrait s’organiser. L’année passée, lors de la dernière manifestation pacifique en date, la police a dispersé les mécontents à coup de balles réelles. Un homme s’est pris une balle dans les fesses ; on raconte qu’il en est finalement décédé. La situation s’approche dangereusement d’un point critique. Il y a quelques semaines, après une coupure prolongée sans communication officielle, des gens ont mis le feu à un camion de la compagnie d’électricité.

Toujours dans l’idée de gérer la frustration et de tirer le maximum de ces expériences, on s’efforce de garder à l’esprit, même si ce n’est pas toujours facile, que nous sommes énormément chanceux. Beaucoup de personnes ici n’ont tout simplement pas accès à l’électricité (un récent rapport du World Economic Forum classe l’Ouganda à la 135ème place sur 141 en la matière). Globalement, il s’agit toujours d’un luxe et nous ne devrions pas perdre ça de vue. Nous tâchons de transformer cette frustration en énergie positive à mettre dans nos engagements respectifs et nos contributions, autant modestes soient-elles, à l’amélioration des conditions de vie des Ougandaises et Ougandais.

-Emma-