Les Dépossédés d’Apaa

Les conflits fonciers au nord de l’Ouganda me sont devenus bien trop familiers dans le cadre de mon travail auprès d’HANDLE et de GWED-G. J’ai récemment fait mes premiers pas dans le monde de l’humanitaire en supportant un projet de GWED-G. L’objectif principal est de distribuer des objets ménagers de base et de la nourriture à la communauté Acholi expropriée de la région d’Apaa, à deux heures de Gulu.

L’expropriation en question vient des mains du gouvernement, qui a forcé l’évictions de toute une population en n’offrant guère plus qu’une ridicule compensation de 10 millions de shillings ougandais (environ 2’600 francs suisses), quelques sacs de ciments et un tas de briques pour leur permettre l’acquisition de terrains et la construction de nouvelles maisons. Les ménages concernés comptent de 2 à 37 personnes chacun. En réalité en Ouganda, ce montant permet seulement d’acquérir de terres qui ne correspondent pas au besoin de ménages nombreux qui ont besoin de cultiver pour survivre.

La couverture médiatique et les faits sont totalement contrôlés, mais il semblerait que le conflit ait commencé en 2011. Le gouvernement a déclaré officiellement que la communauté d’Apaa appartenait à un autre district et devait donc quitter ses terres ancestrales. Le but était de pouvoir occuper ces terres pour en faire une réserve privée pour des investisseurs désirant attirer des chasseurs. De surcroit, il a été reporté que la terre y est très fertile, donc lucrative, et que de l’uranium y aurait été trouvé.

Récemment, les violences ont pris l’ascenseur, prétendument à cause du gouvernement et de la communauté Madi qui ne cesse de s’en prendre à la communauté Acholi en brûlant des huttes, s’attaquant physiquement aux gens et en arrêtant certains de manière arbitraire. Afin de dissuader les habitants de retourner sur leurs terres, les centres de santé et les écoles ont été détruits, les routes bloquées et les fermes détruites par le feu. Les gens se sont retrouvés sans rien, le peu de possessions qu’ils avaient ayant fini en cendre. Le matériel agricole a été saisi, envoyant ainsi un nouveau message, comme s’il en fallait, que la communauté n’était pas la bienvenue sur ses propres terres. Les déplacements ont causé la création de camps de déplacés internes à Amuru. L’armée surveille la région de près et a tourné les marchés locaux en abris de fortune afin d’intimider la population et maintenir le contrôle.

Manifestation à Londres, mai 2019

Il y a certes quelques soldats et politiciens locaux qui se montrent sympathique envers la cause de la communauté, mais le coût pour la défendre activement est bien trop élevé. La perspective de se faire eux-mêmes arrêter ne les encourage guère à s’engager pour la cause.

La présence des ONG est fortement contrôlée, mais GWED-G a réussi à négocier un accord pour délivrer des biens ô combien nécessaires à la communauté de déplacés. En février, GWED-G à distribuer de la nourriture tels que des haricots rouges, de la farine pour faire du posho, des suppléments alimentaires pour les enfants, du sel et de l’huile. Des objets ménagers ont aussi été distribués, par exemple de quoi construire un petit abri, des ustensiles de cuisine, des moustiquaires, des jerricanes, du savon ou encore des serviettes hygiéniques.

Distribution de nourriture

Dans le cadre de l’évaluation du programme, les femmes ont exprimé leur reconnaissance pour avoir pu offrir un petit abri à leurs enfants. Une femme a révélé qu’elle et ses enfants dormaient en plein air après que sa hutte a été brûlée et qu’elle a été chassée loin de chez elle. La bâche fournir par GWED-G lui a permis de se construire un petit refuge et lui offrir un semblant de sentiment de sécurité, non seulement par rapport à la pluie, mais aussi aux gens qui n’hésitaient pas à venir faire du mal à sa famille et leur voler le peu de possessions qu’ils avaient.

A l’origine, le projet incluait une distribution de graines pour permettre aux familles de produire de quoi subvenir à leurs besoins sur le long terme. Cependant, le gouvernement est intervenu et a interdit à GWED-G de remplir cette tâche. Il est évident que les autorités n’ont aucune intention de laisser un jour ces gens retourner sur leurs terres.

Un de nos bénéficiaires nous a dit ne vouloir que retourner chez lui, y vivre en paix et avoir le droit de reprendre ses activités agricoles. Dans la mesure où la plupart ont besoin de leurs terres pour survivre, ils sont totalement démunis depuis qu’on les en a chassé. L’absence d’opportunités ailleurs ne leur offre pas grand espoir d’une vie meilleure pour eux et leurs familles.

A l’heure actuelle, nous cherchons comment distribuer ces graines au peu de gens qui ont accès à des terres à cultiver. GWED-G tente aussi d’obtenir un financement afin de lancer un projet de construction de la paix visant à négocier un accord pour cette vulnérable communauté et plaidoyer en faveur de leurs droits pour vivre libres sur leurs terres ancestrales.