L’énigme de l’accès aux soins de santé en Acholiland

J’ai récemment eu l’occasion de suivre une série d’activités sur le terrain liées au projet RHITES. GWED-G fait partie d’une coalition sanitaire financée par USAID qui s’attaque aux problèmes d’accès aux services de santé dans la région du Nord, plus précisément la sous-région Acholi de l’Ouganda. Ce projet, qui en est à sa 3ème année, vise à améliorer une série de mesures importantes d’accès au soin, notamment le VIH, la tuberculose, le paludisme, la mortalité maternelle et infantile, les soins prénataux, le planning familial, la violence sexuelle et basée sur le genre et l’hygiène.

Le rôle de GWED-G dans le projet est de tirer parti de ses vastes structures et contacts communautaires pour mobiliser les communautés et susciter des changements de comportement en matière de santé. Cela signifie qu’il faut sensibiliser les communautés aux services de santé et aux endroits où ils sont accessibles, et surtout encourager les gens à rechercher activement ces services. A cette fin, GWED-G organise divers types d’événements pour cultiver les changements d’attitude et de comportement en matière de santé.

 

Concours pour les jeunes

L’un de ces événements est le concours pour les jeunes (Youth Pageant). Dépendants des contraintes budgétaires de chaque trimestre, ces événements s’adressent aux jeunes, mais les adultes y participent souvent aussi. Généralement, on loue un système de sonorisation musicale pour attirer les membres de la communauté depuis les tréfonds des villages où les membres sont dispersés. Parfois, l’événement est centré sur une compétition sportive, qui est toujours du football, où l’équipe gagnante reçoit une chèvre à abattre.

Mon rôle lors de ces visites était de surveiller les activités et de commenter la façon dont les choses sont faites, ainsi que de faire des recommandations pour les améliorer. Croyez-le ou non, c’est assez important dans un pays comme l’Ouganda, où l’on peut avoir tendance à induire en erreur les superviseurs et les bailleurs sur le déroulement réel des événements et la manière dont l’argent est dépensé.

Nous sommes donc partis pour un Youth Pageant lors d’un après-midi torride sur les routes de terre rouge en direction du comté de Patiko. Les routes étaient en très mauvais état après avoir été gravement endommagées par des pluies exceptionnellement longues et abondantes la saison dernière. Ce qui prend normalement une heure nous a pris le double. Nous nous sommes dirigés vers un sentier qui menait à une ouverture dans l’herbe de 2 mètres de haut où il y avait quelques manguiers massifs et un groupe de femmes, d’enfants et une poignée d’hommes rassemblés pour recevoir des services.

Apporter des services aux communautés

Tous les événements du projet RHITES s’accompagnent d’une prestation de services, ce qui signifie que notre équipe fournit également un service de soins de santé tout en conduisant des activités de sensibilisation des séances de dialogue. Il s’agit de démontrer concrètement les types de services gratuits disponibles dans les établissements de santé, ainsi que de faire un bilan de santé des membres de la communauté afin de fournir des conseils supplémentaires en cas de problème.

 

Au cours de cette visite, les services fournis comprenaient le dépistage et le traitement du paludisme sur place, la prise de la tension artérielle et la distribution de préservatifs. Le paludisme reste une cause majeure de mortalité dans la région – l’Ouganda a le 6ème taux de mortalité dû au paludisme en Afrique[i]. L’UNICEF déclare que toutes les deux minutes, un enfant de moins de cinq ans meurt du paludisme, la plupart des décès se produisant en Afrique subsaharienne[ii]. Une épidémie de paludisme s’est également déclarée récemment dans la région du district de Gulu. Sur les plus de 200 membres de la communauté qui ont été testés lors de cet événement, près de 70 % d’entre eux se sont révélés positifs. L’écrasante majorité des personnes présentes étaient des femmes avec des bébés et des enfants en bas âge, et des enfants en âge scolaire. Tous ceux qui ont été testés positifs ont reçu un traitement.

 

Dialogue communautaire pour le partage de l’information

Les Youth Pageants utilisent une approche de dialogue communautaire pour partager des informations importantes avec les membres des communautés rurales. L’approche du dialogue est utile pour mieux comprendre certains phénomènes, comme les raisons pour lesquelles les membres de la communauté sont réticents à accéder aux services. Dans le village de Patalira, nous avons appris que les raisons potentielles de la forte prévalence du paludisme sont dues à une mauvaise utilisation des moustiquaires.

Dans cette communauté, le gouvernement avait procédé à la distribution de moustiquaires il y a plus de deux ans. Cependant, beaucoup de ces moustiquaires ont depuis été utilisées pour attacher les chèvres, pour attraper les poissons dans les ruisseaux voisins, ainsi que pour marquer les limites des jardins potagers des gens. Question de priorités, et on ne peut guère les juger pour ça.

Une autre chose que nous avons apprise est que pour les familles qui ont des moustiquaires en bon état, ce sont souvent les hommes qui gardent la moustiquaire pour eux. Dans la culture acholi, la polygamie est monnaie courante. Dans les villages, les huttes sont généralement aménagées de telle sorte que chaque femme ait sa propre hutte, et que l’homme dorme seul et fasse appel à la femme de son choix pour l’accompagner. Cela signifie que les femmes et les enfants sont laissés sans moustiquaire.

 

Le rôle des hommes est la clé de l’accès et de l’amélioration de la santé

J’ai également remarqué lors de cet événement qu’il y avait très peu d’hommes présents, ce qui ne semblait pas trop préoccuper mes collègues. Au début de l’événement, il y avait une poignée d’hommes qui s’attardaient ; pourtant, une fois que la partie « éducation » a commencé, ils se sont dirigés vers la sortie. Cela signifie que seuls les femmes et les enfants ont fini par obtenir les informations réelles sur les bonnes pratiques d’utilisation des moustiquaires, et sur la nécessité de veiller à ce que les enfants et les femmes bénéficient également d’une protection. Mon équipe a justifié cela en expliquant que les hommes étaient « têtus » et ne s’intéressaient pas à la santé.

C’est un autre exemple de la nature patriarcale de la culture Acholi enracinée dans les régions du nord du pays. Comme les hommes contrôlent souvent la prise de décision au sein du foyer, ça signifie également qu’ils influencent fortement la capacité des femmes et des enfants à accéder aux services de santé. Cela montre qu’il faut travailler encore plus dur pour faire évoluer les conceptions autour du concept de genre dans le but de permettre aux femmes et aux enfants d’accéder aux services de santé.

Je suis déterminée à travailler avec l’équipe du projet pour répondre à la question suivante: comment faire en sorte que les hommes s’investissent dans leur propre santé et celle de leur famille? Comment amener les hommes à s’asseoir à la table des négociations? Ce sont des questions urgentes auxquelles je m’efforcerai de répondre car ce qui est en jeu, c’est la vie des femmes et des enfants dans les communautés rurales du nord.

[i] https://health.go.ug/programs/national-malaria-control-program

[ii] https://data.unicef.org/topic/child-health/malaria/