VIH et violences sexuelles et basées sur le genre

*Avertissement : contient des informations explicites sur les pratiques de violences sexuelles et basées sur le genre*

Quatre mois ont déjà passé depuis mon arrivée impromptue à Gulu pour travailler auprès d’HANDLE Uganda. J’ai eu du temps pour m’intégrer dans l’équipe, apprendre de mes collègues et participer à des activités sur le terrain en lien avec le projet de lutte contre la violence sexuelle et basée sur le genre (ci-après VSBG), une cause qui me passionne profondément et pour laquelle je suis ravie de m’engager.

J’en ai beaucoup appris sur la situation d’après-conflit et les effets dévastateurs de la guerre dont on peine à prendre toute la mesure. Plus spécifiquement, j’ai élargi mes connaissances sur la nature de la VSBG et sur les facteurs à prendre en compte lors d’interventions auprès de communautés affectées par la guerre, facteurs qui complexifient encore plus une situation déjà particulièrement absconse.

Le virus du sida, ou VIH, fait partie de ces facteurs. Un manque flagrant d’éducation sur la question persiste, notamment en termes de dépistage et de transmission de la maladie. L’Organisation Mondiale de la Santé a démontré le lien direct entre le risque d’être victime de VSBG et un statut HIV positif[1]. Une étude a montré que le refus des femmes d’avoir une relation sexuelle est une des causes principales de violence domestique perpétrée par les hommes à l’encontre de leur partenaire[2]. Dans cette étude, les femmes ont indiqué refuser des relations sexuelles car elles soupçonnaient que leur partenaire soit infecté par le virus. En effet, les femmes qui pensent que leur partenaire puisse être infecté sont trois fois plus exposées à des violences domestiques que celles qui pensent que ce n’est pas le cas. De surcroit, les jeunes femmes elles-mêmes infectées sont jusqu’à dix fois plus à risque d’être victimes de VSBG[3].

L’infidélité est la principale cause de VSBG entre partenaires intimes citée par les victimes et les auteurs de ces violences. Lorsque les femmes refusent d’avoir une relation sexuelle, leur partenaire suspecte que celles-ci les ont sans doute trompés et les violences s’ensuivent.

La stigmatisation persistante à l’égard des individus infectés par le VIH est particulièrement  dangereuse pour les femmes,  qui en sont les principales victimes. Après l’arrivée massive d’ONG au début des années 2000 faisant campagne pour sensibiliser la population aux risques de contracter le virus, les connaissances accrues quant à la maladie sont allées de pair avec une peur croissante de la contracter. En conséquence, les femmes infectées courent le risque d’être isolées socialement et rejetées par leur famille. La peur de la stigmatisation a donc généré une crainte de passer un test de dépistage, conduisant à une augmentation des chances de transmission de la maladie. Les femmes en particulier sont victimes de cette stigmatisation qui prend souvent la forme d’une interdiction d’être propriétaire d’un terrain en cas d’infection par le VIH[4]. Cela augmente encore les risques d’être victimes de violence et les pousse à la prostitution pour survivre[5].

Les femmes font aussi face à un double-standard en matière d’infidélité. Dans une société où la polygamie est largement pratiquée et acceptée par les hommes, les femmes n’ont pas les mêmes privilèges et sont exposées à des violences de toutes sortes de la part de leur mari si ceux-ci les suspectent d’avoir des relations extra-conjugales.

Concernant la VSBG et sa relation avec le VIH, je souhaite exposer un cas récent qui m’a été décrit lors d’une discussion avec une avocate locale. Elle m’a raconté le cas d’une cliente qui est venue dans son bureau pour obtenir des conseils légaux concernant les violences perpétrées à son égard par son mari. Elle était accompagnée d’une amie, mais, dès son arrivée, restait silencieuse et refuser de parler. Il y avait d’autres victimes de SGBV dans le bureau et l’avocate réalisa rapidement que sa cliente n’était pas à l’aise d’en parler devant d’autres personnes, par peur de possibles représailles. L’avocate l’a alors prise à part dans une autre pièce pour parler en privé. Après un moment et quelques encouragements, la femme a commencé à raconter son histoire.

Son mari abusait d’elle depuis une longue période. Elle cuisinait généralement ses repas à l’aide d’un four fonctionnant au charbon, laissant les braises se consumer lentement de manière à garder la nourriture au chaud puisque son mari rentrait en général tard. Il arrivait donc tard le soir, souvent ivre, mangeait son souper et s’engageait ensuite dans une relation sexuelle avec sa femme. Avant ça, il se saisissait du charbon encore ardent pour brûler les parties génitales de son épouse, croyant que cela permettait d’éviter qu’elle ne lui transmette le sida, un statut par ailleurs suspecté mais jamais confirmé médicalement. Son mari a procédé à ce terrible rituel de manière quasi quotidienne durant plus de 9 ans.

C’est un cas spécialement macabre et extrême de mutilations génitales féminines (MGF) et de viol qui diffère de la conception classique que l’on se fait des MGF, plutôt associées à une preuve de pureté sexuelle. On n’entend pas parler de ces cas car les médias ne s’y intéressent pas. Cela pointe vers de nombreux problèmes en lien avec la prolifération de VSBG dans la région, plus spécifiquement du manque de connaissance entourant le VIH et de la peur de la stigmatisation.

C’est pourquoi une partie importante de l’éducation en matière de SGBV que HANDLE offre aux femmes des groupes d’épargne et aux Role Model Men (en savoir plus sur ces projets) inclut une sensibilisation aux rôles des partenaires pour promouvoir une bonne santé sexuelle et au planning familial, ainsi que sur la réalité liées au VIH, l’importance de passer un test de dépistage et les traitements possibles. L’éducation quant aux pratiques sexuelles sûres est importante pour apprendre aux gens que ceux qui souffrent du VIH/sida peuvent eux-aussi profiter de la vie. Il est aussi crucial de parler de HIV afin de combattre la stigmatisation et les formes de discrimination qui l’accompagnent, contribuant à la VSBG dans la région et au-delà.

 

[1] Ahikire J., and Mwiine A. A., (2014) Addressing the links between gender-based violence and HIV in the Great Lakes region, Uganda Country Report, UNESCO 2014.

[2] Koenig, M., Lutalo, T., Zhao, F., Nalugoda, F., Wabwire-Mangen, F., Kiwanuka, N., Wagman, J., Serwadda, D., Wawer, M., Gray, R. (2003). Domestic violence in rural Uganda: evidence from a community-based study. Bulletin of the World Health Organization. 81 (1).

[3] Durick, H. (2013). Post-Conflict Development in Northern Uganda: The Importance of Holistically Addressing Sexual and Gender-based Violence. University of Tennessee Honours Thesis Projects.

[4] UN WOMEN. (2012). Effective Approaches to Addressing the Intersection of Violence Against Women and HIV/AIDS: Findings from Programmes Supported by the UN Trust Fund to End Violence Against Women. Equity/Empowerment Policy Document.

[5] Durick, H. (2013), op. cit.