Remember Kony 2012

KONY 2012 est une campagne qui a été lancée par l’ONG Invisible Children pour capturer le tristement célèbre criminel de guerre Joseph Kony, leader de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA en anglais), dans le but de mettre un terme aux atrocités commises dans les pays d’Afrique centrale.

Après avoir obtenu son indépendance suite au coup d’état d’Idi Amin en 1971, l’Ouganda a connu une longue période d’instabilité et de violence. La guerre civile au nord de l’Ouganda entre la LRA et les forces gouvernementales en fut sans doute l’illustration la plus connue. Elle dura plus de deux décennies et s’acheva avec le retrait des rebelles de la LRA à l’est de la République démocratique du Congo.

En 1986, la guerre éclata au nord du pays, engendrant vingt ans de meurtres, torture, traumatismes, marginalisation et autres déplacements forcés. La population rurale, principalement composée du peuple Acholi, fut victime de crimes de guerre et de violations constantes des droits de l’Humain, de la part des rebelles tout comme de l’armée gouvernementale.

Le gouvernement ougandais mit en place des camps de déplacés internes massifs en 1996. Cependant, il ne laissa aux habitants que 72 heures pour s’y rendre avant que les soldats ne débarquent et commencent à bombarder et brûler les villages et les fermes, arrêtant arbitrairement, torturant et tuant au passage les civils qui n’avaient pas obtempéré. Plus de deux millions de personnes furent entassés dans ces camps, aux conditions de vie déplorables.

Une des caractéristiques de la LRA fut l’enlèvement de filles et de garçons. Ces derniers furent contraints de rejoindre les rangs des rebelles, endossant l’abominable titre d’enfants-soldats, et les filles utilisées comme esclaves sexuelles, violées et torturées à maintes reprises.

Durant ces vingt ans de guerre civile, la vie fut caractérisée par la capture régulière de personnes faites prisonnières dans les bois, une absence totale d’éducation, l’expulsion de la population de leurs terres ancestrales et un accès rendu impossible à leurs moyens de subsistance. Dans les camps de fortune, une génération entière de jeunes grandit en n’apprenant rien d’autre qu’une vie de peur et d’insécurité. On leur retira jusqu’à leur droit d’apprendre les valeurs et connaissances traditionnelles de leur peuple.

Cela a conduit à, et continue d’influencer aujourd’hui encore, une crise identitaire majeure au sein de la population du nord de l’Ouganda. Traditionnellement, les hommes Acholi sont connus pour être des guerriers, protégeant leur famille et leur fournissant de quoi vivre. En raison des déplacements forcés, les hommes Acholi, figures familiales au sein d’une culture très patriarcale, se virent privés de leur rôle de protecteurs. Les parents et les personnes âgées ne purent plus jouer leur rôle car la nature froide, confinée et temporaire des camps n’offrit guère la possibilité de socialiser les enfants, ni de leur transmettre valeurs et traditions. Les plus vieux en particulier ne purent plus assumer leur tâche traditionnelle de garants de la justice, perdant leur statut et érodant ainsi les rôles sociaux de chacun.

Il est bien connu que la violence basée sur le genre (VBG), particulièrement le viol comme armes de guerre, connait une ascension fulgurante en période de conflit. La LRA et l’armée gouvernementale ont été toutes deux accusées d’avoir commis d’innombrables atrocités d’ordre sexuel à l’égard des femmes et des hommes. Il est peut-être moins connu que la VBG continue de faire des ravages dans les communautés affectées par des conflits après que ceux-ci se terminent. Ce phénomène est en partie dû au fait que les populations victimes de violations graves de leurs droits humaines en temps de guerre y sont totalement désensibilisées, conduisant à une normalisation des comportements violents.

Comme on peut le voir aujourd’hui au nord de l’Ouganda, les violences sexuelles et domestiques s’intensifient jusqu’à atteindre un niveau de torture. Les cas de mutilations génitales y sont par exemple fréquents, et il ne s’agit pas uniquement de tests de virginité comme l’imagine souvent le monde occidental. Les crises identitaires qui caractérisent les communautés ajoutent une difficulté supplémentaire à la situation, les hommes se sentant menacés dans leurs rôles de protecteurs. En effet, les rôles traditionnels se sont inversés durant la guerre, les femmes endossant celui des hommes pour diriger la famille, ces derniers ayant été tués ou portés disparus.

Comme me l’ont souligné le gouvernement local et les forces de police durant nos entretiens, la VBG est endémique au sein des communautés du nord de l’Ouganda, ce qui constitue une importante menace pour la réhabilitation et la reconstruction de la société.

Alors que Joseph Kony profite sans doute aujourd’hui encore de sa liberté en République centrafricaine, il est plus que jamais important de redoubler les efforts entrepris pour garantir une paix durable dans ce contexte extrêmement fragile. Je crois que s’attaquer à la GBV avec HANDLE Uganda est une manière de participer à la construction et la pérennisation de la paix dans la région, en améliorant la vie des femmes et des hommes.