Les fourmis (volantes et goûtues)

Tranquillement posés sur la canapé de notre ami Nelson chez qui nous aurons logé quelques semaines, voilà qu’un insecte aux dimensions suffisamment conséquentes pour rapidement nous tirer hors de notre torpeur fait son entrée dans la pièce, attiré par la lumière tamisée qui veille sur nos oisives soirées. Ni une, ni deux, voilà qu’on le prend en chasse, sous le regard amusé de Nelson qui vient de passer la porte d’entrée.

L’œil aiguisé, il reconnait tout de suite la bête : une fourmi blanche. Il nous prédit qu’elle n’est sans doute pas seule et que d’autres vont suivre, ces fourmis volantes géantes sortant semble-t-il une à deux fois par année, à la manière de leurs cousines miniatures qui jaillissent une fois l’an de nos reluisantes pelouses. Ayant une aversion marquée pour tout ce qui a plus de 4 pattes, d’autant plus quand ça vole, je sens mes poils s’hérisser à mesure que notre hôte nous décrit ce qui ressemble à l’apocalypse, mais en pire.

Un ronronnement croissant se fait entendre à l’extérieur. Nelsonamus ne s’était pas trompé. Elles arrivent en masse, à la manière d’un mauvais remake des Oiseaux d’Hitchcock, obsédées semble-t-il par les lumières extérieures de la maison. En quelques minutes, ce sont des milliers de bestioles autant stupides que répugnantes qui envahissent les lieux, certaines profitant même des quelques centimètres qui séparent la porte du sol pour pénétrer dans la cuisine. Les souvenirs sont flous, mais je crois bien avoir fait une petite crise cardiaque au passage.

Nelson ne perd pas son calme, bien au contraire. Ni une ni deux, sous nos yeux dubitatifs, le voilà qui attrape une bassine et se précipite à mains nues sur les tas de fourmis qui s’amoncellent au sol. Une fois prisonnières du contenant, leurs grosses ailes dégueulasses s’emboîtent et empêchent toute possibilité d’évasion. Après tout, ce serait quand-même con de laisser filer un pareil festin! Généreuses en protéines, il se trouve que les locaux en raffolent et ont développé aux files des siècles des dizaines de manière pour préparer ce met succulent. Pas question donc de les laisser s’échapper si facilement. Coincées dans leur geôle de plastique, le temps fera sans état d’âme le reste du travail.

Il ne faut pas attendre bien longtemps avant que les nombreux voisins se mettent eux aussi en quête de cette nourriture précieuse, littéralement tombée du ciel. Avec un QI de 0.5, ces fourmis ignorent tout de leur funeste destin et continuent d’arriver par milliers. A mesure que les seaux et autre récipients de fortune se remplissent, tous les gamins du quartier s’affèrent autour de la maison. Cette chasse devient vite un jeu et une compétition à qui en capturera le plus, en en croquant une petite crue bien dégoulinante au passage, pour se donner du courage.

Et il en faudra, car au moment d’aller au lit, épuisés par tant d’émotions, on entend encore les rires à l’extérieur. La razzia va ainsi durer plusieurs heures. Et demain, c’est gueuleton pour tout le monde!


La soirée en images, c’est par ici (cliquez pour agrandir et défiler):