L’Assemblée générale du Réseau des Femmes

Lors de notre deuxième jour à Kigali, Gaëtan et moi avons eu le privilège de participer à l’assemblée générale du Réseau des Femmes. Devant le portique d’entrée, une poignée d’enfants enthousiastes de Kinyinya, quartier où se trouve le QG de l’association, s’agitent avec de grands sourires et de l’excitation dans le regard. Ils sont là pour observer l’arrivée des membres du Réseau des Femmes, toutes vêtues d’impressionnantes robes aux motifs en mosaïque. A mesure qu’elles descendent de leur véhicule avec élégance et grâce pour annoncer leur arrivée au bureau d’enregistrement, l’atmosphère se nourrit de leur confiance et de l’énergie qu’elles dégagent.

La sociologue qui est en moi s’agite alors et éveille mes sens analytiques. Je fais de mon mieux pour laisser mes préjugés et autres suppositions de côté, décidant plutôt d’observer passivement et de prendre quelques notes mentales. J’essaie de m’imprégner, de me fondre dans l’ambiance. Je ne peux m’empêcher de remarquer l’impressionnante variété de manières auxquelles recourent les invitées pour se saluer: des grandes tapes dans le dos aux délicates bises sur les joues, en passant par de puissantes empoignées à la romaine et de longues embrassades en se dandinant sur les côtés.

Parmi les membres se trouvent des femmes de tous âges, de toutes origines sociales et venues des quatre coins du pays. Je suis stupéfaite de voir ces femmes se retrouver pour participer à cette réunion annuelle, beaucoup d’entre elles effectuant dans ce but un long voyage, et trouvant encore le moyen de dégager une énergie telle que l’on pourrait presque la toucher. Cela ne ressemble en rien aux réunions auxquelles j’ai participé par le passé. La presse est elle aussi présente pour capturer ce moment.

Mon cœur se réchauffe à la vue du nombre de femmes présentes, partenaires actives pour l’amélioration du bien-être des femmes et des filles, chérissant le même objectif de contribuer à renforcer l’égalité des genres et l’empowerment des femmes.

A l’ombre de trois grandes tentes blanches qui nous abritent de l’inévitable et sournoise chaleur que dégage le soleil africain, l’assemblée se déroule en Kinyarwanda, la langue locale. On nous offre rapidement une excellente traduction en français. Après quelques mots d’ouverture de la part des présidentes du Réseau des Femmes et de Pro-Femmes, chaque membre se voit offrir le temps de se lever et de s’identifier, ainsi que leurs organisations respectives.

A chaque district du Rwanda présenté, les femmes laissent échapper dans l’air des petits cris typiques d’excitation qui plantent le décor : on est en famille ici, travaillant de concert pour améliorer les conditions des femmes vivant en milieu rural. Chaque membre se voit accueillie avec honneurs et leur présence est mise en valeur. Ici, chacune compte.

Etonnamment, même Gaëtan et moi sommes invités à nous lever, de manière à informer les membres du Réseau des Femmes que je m’apprête à travailler avec leur organisation pour les trois prochaines années, nouvelles accueillies par un tonnerre d’applaudissement et une nouvelle série de petits cris aigus. La femme à côté de moi s’écrit soudainement : « Oh, c’est TOI ! » et manque de m’étouffer dans une chaude étreinte. Je fonds presque face à cet accueil si chaleureux. Je suis dorénavant un membre du Réseau des Femmes.

De nombreux sujets doivent être abordés aujourd’hui. L’organisation traite de nombreux problèmes, allant de la santé des femmes à la division du travail domestique. L’ampleur de la tâche n’entame pourtant pas leur motivation. Ce qui est évident, c’est que ces femmes sont déterminées à faire avancer leur cause. Elles en saisissent parfaitement les enjeux et comprennent la signification de leurs actions : ce que nous faisons et décidons sont les fondations pour l’avenir de nos enfants et des générations à venir.

L’assemblée est loin d’être calme. Ces femmes sont loquaces, passionnées et respectueuses. Je reste bouche bée devant leur franchise et leur éloquence par rapport à leur mission. Elles n’ont pas peur de se lever et d’exprimer leur opinion avec fermeté. Nous devons lutter contre la malnutrition. Nous devons nous concentrer plus sur la violence basée sur le genre. Nous devons reconnaitre que les hommes aussi ont un rôle à jouer pour atteindre l’égalité. Que peut-on faire de plus pour les femmes rurales ? Voilà les sujets au premier-plan des discussions. Par ailleurs, chaque membre a l’opportunité de donner son point de  vue sur le travail accompli et les domaines où une intervention est nécessaire.

Alors que les nuages se déchirent, relâchant soudainement des trombes d’eau accompagnées de tonnerres et d’éclair mettant le feu au ciel par intermittence , les membres du Réseau des Femmes démontre leur capacité à résoudre les problèmes en nous rassemblant toutes et tous sous une seule tente. C’est un moment magnifique pour moi, assise ici, trempée, les genoux collés contre ceux de ces pionnières, accrochée à chacune de leur parole au nom de l’égalité et de l’empowerment des femmes. Ce qui se déroule ici est important. C’est même essentiel. Rien ne les arrêtera.

Si je n’étais pas déjà impressionnée par ce que je savais sur les fantastiques femmes rwandaises après quelques lectures sur le rôle qu’elles ont joué dans la reconstruction de leur pays, maintenant je le suis très certainement.

L’assemblée se termine sur un moment haut en couleur, chaque femme s’écartant de sa chaise en dansant, leur voix s’unissant en chanson pour se rassembler encore à l’occasion d’une photo de groupe. Petit miracle, la pluie s’arrête aussitôt.

Avant de partir, j’ai moi-même droit à une série de tapes dans le dos, qui me font me sentir encore plus de la famille. Je suis vraiment excitée à l’idée de relever mes manches et me mettre au travail avec elles.