Good morning Mzungu!

Le mot « Mzungu » vient du Kiswahili et est utilisé par les locaux en Afrique de l’Est, centrale et du Sud pour désigner une personne à la peaublanche depuis l’arrivée des premiers (enf*irés de) colons, en général accompagné de sourires, de rires voire même de cris. Il est en effet rarement possible de faire plus d’une centaine de mètres sans que ce sobriquet ne jaillisse à bien plaire des huttes, petites échoppes et autres cahutes bordant les rougeoyants chemins africains. Qu’il s’agisse de politesse à l’égard du visiteur, d’une manière de se faire remarquer ou encore juste pour se divertir, les Ougandais ne s’en lassent décidemment pas.

Après six mois en Afrique, le moins que l’on puisse dire c’est qu’on ne passe pas inaperçu. A chaque sortie, les regards fusent, la plupart du temps en tout amicalité. Le temps passe, mais les regards persistent, comme si nous étions les premiers Mzungu à tracer notre route dans ces contrées, ce qui est pourtant bien loin d’être le cas. Il semblerait que jamais nous ne pourrons nous fondre en toute discrétion dans le paysage. Cela nous offre une petite idée de ce que la célébrité réserve aux héros, sauf que nous n’avons rien fait pour mériter une telle attention.

Lorsque l’humeur est enjouée, à savoir la plupart du temps (comment pourrait-il vraiment en être autrement quand il fait chaud toute l’année ?), on se prend très volontiers au jeu, trouvant même plutôt agréable de sortir de l’anonymat que nous réserve habituellement la vie dans nos contrées occidentales. On salue à bien plaire, répond aux sourires par des sourires, au clin d’œil par des clin d’œil, sert la main des enfants qui accourent souvent en nombre, lorsqu’ils ne fondent tout simplement pas en larme à la vue d’un épiderme si pâle. On négocie presque avec plaisir, puisque évidemment cet épiderme étant associé à un porte-monnaie bien rempli, les prix ont la fâcheuse tendance d’augmenter drastiquement pour nous.

Les jours de fatigue néanmoins, cela devient plus difficilement supportable. On aimerait juste aller faire nos courses sans continuellement sentir le poids des regards insistants. Par politesse, on répond brièvement aux nombreuses sollicitations, certes toujours amicales, puis on fixe un point à l’horizon en espérant croiser le moins de yeux possibles. Parfois même on se laisse agacer, avant de se sentir envahi par la culpabilité. Après tout, personne ne nous force à être ici, et autant se laisser amuser que gagner par la frustration. Surtout qu’une réponse par un sourire à un « Good morning Mzungu » fera toujours la joie du quidam et rassasiera en général sa soif d’exotisme.

L’expérience s’avère intéressante en bien des points. Le fait d’être dans les bottes de la minorité, celle que l’on regarde toujours une seconde de trop, à qui l’on fait inconsciemment comprendre sans mauvaises intentions qu’elle n’est pas ici chez elle ou qu’elle est « différente », voir « anormale », est enrichissante. Certes, nous sommes largement privilégiés et bénéficions d’un traitement de faveur souvent injuste à l’égard des locaux. On nous propose toujours de passer devant tout le monde dans les files d’attente et nos sacs ne sont jamais fouillés à la sortie des magasins, comme si le Mzungu ne pouvait qu’être bien intentionné par nature. Une petite leçon d’histoire ne leur ferait sans doute pas de mal pour remettre ces considérations en perspective… Mais toujours est-il qu’être scrutés parce que différents nous donne une idée de ce que peuvent ressentir les « marginaux » chez nous, et ce ne doit être guère agréable.

C’est aussi l’occasion pour nous de nous distancer du regard de l’autre, auquel on accorde dans nos contrées une importance démesurée. Quoique l’on fasse ici, les ougandais, qui ne s’arrêtent de plaisanter que pour prier, et encore, trouveront une manière d’en rire de toute façon. Autant en profiter pour être qui nous sommes, nous laissant porter par les excentricités qui nous viennent à l’esprit et que l’on refreine habituellement pour d’absurdes raisons liées au paraitre. La joie de vivre des Ougandais est contagieuse et, malgré les moustiques, on se sent particulièrement chanceux d’avoir cette opportunité incroyable de vivre parmi eux. Vivement la suite !