A l’épreuve du bus

2h48 de retard. Avec les 20 minutes d’avance que j’avais, ça fait 3h08 que j’attends transpirant que le bus inconfortable en direction de Gulu depuis Kampala prenne son envol. Les hawkers (vendeurs de tout et n’importe quoi, surtout n’importe quoi) défilent en masse à l’intérieur du bus, empêchant les passagers de prendre leur place. Ils me plantent leurs produits pour lesquels j’éprouve un désintérêt complet sous le nez. L’ignorance ne fonctionnant pas toujours, je les envois poliment se faire f*utre, mais ils persistent malgré tout. Une autre victime s’installe à côté de moi, emportant au passage mes espoirs de bénéficier d’un espace un tant soit peu décent. Au moins, cette fois, elle ne pèse pas 200 kilos (avec cinq sièges par rangée, on voit vite en quoi cela est un problème, sans parler de la sueur qui dégouline le long des malheureux voisins).

Le bus démarre enfin. Puis il s’arrête 20 mètres plus loin. Comme d’habitude, aucune explication n’est fournie. Et bien-sûr, inutile de demander un remboursement dans l’espoir de prendre un autre bus, ça ne fonctionne pas comme ça. La dernier fois qu’une foule en colère exigeait que tel soit le cas, il a fallu une intervention des forces de sécurité. Et personne n’a récupéré son pognon, mais ça avait au moins le mérite d’être divertissant.

On redémarre, cette fois on dirait bien qu’on est loin pour de bon. Au minimum 6 heures dans cette fournaise, à regarder les autres passagers balancer leur bouteille en plastique par la fenêtre, me séparent encore de ma douce épouse et mon postérieur me fait déjà part de son mécontentement. Avant ça, il me faut encore supporter 15 minutes de prière (d’ailleurs, j’aimerais bien qu’on m’explique un jour comment le divin choisit quel bus a un accident, mais je sens qu’on va encore me servir l’insulte à l’intelligence qu’est le couplet sur les voies impénétrables). Un type bizarre hurle des conneries et je remercie la science d’avoir inventé les écouteurs.

Pour courroner le tout, avec le retard qu’on a pris, comme on roule plein nord et que les moins pires des places se trouvent du côté gauche, je vais me prendre le soleil en pleine face durant tout le trajet. Des reliques indiquent qu’il fut un temps où des rideaux m’auraient sauvé la mise, mais personne n’a dû trouver bon de les remplacer. Lors du premier arrêt shopping, quelques poules et autres poissons odorants vont bientôt venir compléter cet idyllique tableau.

C’est frustrant et désagréable au possible, mais, bizarrement, j’aime ça. C’est le bordel africain dans toute sa splendeur. Et ça me fait aussi sourire en pensant à ceux qui mènent une vie suffisamment triste pour trouver à se plaindre quand le train d’Aigle à Lausanne a dix minutes de retard…